Le défaut principal de Stranger things

Stranger things en est déjà à sa deuxième saison, et il y a peu de chances que vous soyez passé à côté de son succès : l’enthousiasme est général. Mais désolée de vous l’avouer, cette série n’est pas aussi bien qu’on le dit : elle se coltine un sacré défaut.

Un défaut de taille.

Çà s’appelle le sexisme.

[Attention : spoilers – saison 1]
[parce que je l’avoue, je n’ai pas eu la volonté de poursuivre avec la saison 2]

A première vue, le pitch ne laisse rien présager de mauvais : l’histoire se déroule dans les années 80 et commence avec la disparition mystérieuse d’un collégien. Ses copains et sa famille partent à sa recherche, ce qui les amène à faire la rencontre d’une fillette dotée de pouvoirs paranormaux.

Parmi les personnages principaux, on trouve trois femmes : Joyce, la mère du disparu, Onze, l’enfant aux super-pouvoirs, et Nancy, sœur d’un des héros, dont la meilleure amie a elle aussi disparu.

On pourrait s’attendre à ce que chaque épisode réussisse le test de Bechdel, avec des personnages féminins forts, variés et talentueux. Mais au lieu de ça, on a plutôt droit à une compilation de clichés sexistes plus gênants les uns que les autres.

D’abord, les femmes correspondent aux stéréotypes habituels : fragiles, facilement dominées par leurs émotions, nécessitant aide et protection.

Par exemple, Joyce, dont le fils a disparu, semble toujours submergée par l’émotion : on dit explicitement qu’elle est “à deux doigts de s’effondrer” (épisode 2), et on la voit très souvent en pleurs, tenant des propos apparemment irrationnels… Quand elle commence à parler des phénomènes paranormaux dont elle est témoin, personne ne la croit, parce qu’aux yeux de ses proches elle a surtout les nerfs qui lâchent. Vous avez dit hystérique ? Il ne manque en effet que le mot.

Et la chose est d’autant plus gênante qu’elle fait contraste avec l’attitude de Jonathan, son autre fils : il parle calmement, prend soin d’elle, entame des recherches méthodiques… en un mot, il se domine et reste rationnel.

D’une façon différente, le personnage de Onze est tout aussi conforme aux clichés féminins : certes, elle a des pouvoirs dont elle se sert pour sauver ses amis, mais le reste du temps, elle reste profondément passive. Elle s’est échappée d’un laboratoire qui menait des expérimentations sur elle : elle est donc déboussolée, incapable de s’en sortir seule, et ne parle que très peu, principalement par monosyllabes. C’est Mike, un des garçons, qui l’aide à se cacher, à se nourrir, à comprendre le monde qui l’entoure, et elle est totalement dépendante de lui, ne prenant jamais la moindre décision. C’est cohérent, du point de vue de l’histoire, mais désespérant si on espérait voir un personnage féminin fort.

Par contre, là où la cohérence disparaît tout à fait, c’est quand Onze – qui, je le rappelle, a grandi dans un laboratoire – manifeste son envie d’être jolie et féminine. Elle regrette par exemple d’avoir perdu sa perruque de longs cheveux blonds, parce qu’on lui avait dit qu’elle était belle avec.

Est-ce que les scénaristes pensaient sérieusement qu’il est dans l’ADN des filles de vouloir être jolies ?

Spoiler : si on veut être belles, c’est parce qu’on nous éduque à être obsédées par notre apparence.

On remarque d’ailleurs que si Nancy est régulièrement complimentée sur son physique, alors que ce n’est jamais le cas des garçons.

Dans ce contexte, on n’envisage jamais les femmes comme des individus à part entière, avec qui lier des relations de camaraderie et d’entraide : elles sont soit une mère, comme Joyce, soit des love interest, pour Nancy et Onze. Pour faire simple, c’est avant tout leur féminité qui les caractérise.

Mais parce que le sexisme pur, ce n’est jamais suffisant, on pourra identifier plusieurs scènes qui relèvent clairement de la culture du viol. Pour rappel, il s’agit d’un ensemble d’ « attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes. » (définition de Lonsway et Fitzerald, 1994).

D’abord, il y a le personnage de Jonathan, qui cherche son frère disparu en prenant des photos (pourquoi pas, même si d’un point de vue purement pragmatique, je ne vois pas bien l’intérêt). Il arrive vers la maison du petit ami de Nancy où il y a une fête : notre ami Jonathan a la réaction de bon sens que tout le monde attend, et s’en va… ah non, il CONTINUE A MITRAILLER. Il prend des gens en photo à leur insu, chez eux. Et il ne s’arrête pas là : il photographie même Nancy alors qu’elle se déshabille (pour coucher avec son petit ami, cerise sur le gâteau du malsain).

Manque de pot pour notre délinquant en herbe, les potes de Nancy découvrent les photos de Jonathan : elles sont déchirées, et l’appareil est cassé. On pourrait croire que justice a été rendue, mais… toute la scène est tournée de manière à provoquer de l’empathie pour Jonathan, le photographe. Quant à Nancy, elle refuse de participer, lance quelques regards compatissants au voyeur et essaie mollement d’empêcher son copain de le malmener.

Jonathan
« Je suis si romantique… Oh, son soutien-gorge ! »

Pensez à 13 reasons why, où l’on trouve une situation à peu près similaire : deux filles sont prises en photo à leur insu, alors qu’elles étaient en train de s’embrasser. On voit le cliché circuler, alimenter le harcèlement sexuel dont elles sont victimes, et leur empoisonner l’existence. On nous montre que les jeunes filles ne se sentent plus en sécurité nulle part, même chez elles. Ça, c’est un traitement sérieux du voyeurisme.

Dans Stranger things, on banalise juste une attitude qui relève du délit.

Même si c’est moins évident, le baiser entre Mike et Onze est tout aussi problématique. Mike essaie de lui faire comprendre qu’il est amoureux d’elle, mais comme elle ne voit pas où il veut en venir, il se contente de l’embrasser plus ou moins par surprise.

Ok, c’est mignon, parce que ce sont des enfants et qu’ils sont incroyablement maladroits.

Mais regardons les choses en face : où est le consentement ? Comment une gamine qui ne connaît absolument rien à tous nos rituels de séduction pourrait avoir eu envie de ce baiser ? Il lui a juste été arraché par la surprise, ce qui correspond bien à la définition d’une agression sexuelle.

Et vous savez pourquoi je déteste ce cliché ? Il est tellement récurrent que des tas de gens, hommes ou femmes, pensent qu’il est romantique d’essayer d’embrasser quelqu’un par surprise. Alors que dans les faits, il n’y a rien de plus désagréable.

En conclusion, Stranger things est une série qui m’a déçue. Tous ces clichés ont gâché mon plaisir, et m’on dissuadée de regarder la saison 2. Bien sûr, il reste difficile – mais pas impossible – de ne regarder que des séries safe d’un point de vue féministe. Mais au moins, vous serez prévenu·es : Stranger Things n’est clairement pas de leur nombre.

Merci à la gaucho vindicative de l’ombre qui a relu mon article !

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