Pourquoi Downton abbey m’a donné envie de voter à droite

Downton abbey est une série mondialement connue, qui a su séduire jusqu’à la Corée et la Russie, et dont on estime l’audience globale à 160 millions de personnes. J’aurais du mal à faire le compte de tous ses fans dans mon entourage, tant ils sont nombreux : c’est définitivement un grand succès.

On pourrait s’attendre à ce qu’outre-manche, la série, qui nous semble être le comble du britishness soit une fierté nationale. Mais au lieu de ça, qu’en dit le Guardian ? Downton Abbey’s class nostalgia is another toxic British export, Conservative nostalgia for Victorian era is dangerous, What if Downton Abbey told the truth about Britain?

Curieux.
Mais que reprochent-ils donc à Downton Abbey ?
« Ce que nous exportons réellement, c’est la nostalgie, une obsession malsaine pour les classes sociales, et une forme particulièrement poussiéreuse de conservatisme. Il semble que les gens n’en aient pas encore eu assez de ces chose-là. » Comment ? Du conservatisme dans Downton abbey ? Alors que l’intrigue porte tout autant sur la vie des aristocrates que des petites gens qui les servent ? Alors que certains y voient du marxisme ?

La réalité est cruelle, mais il faut l’accepter : l’univers de Downton alimente une vision particulièrement conservatrice de la société. Si vous la prenez pour argent comptant, comme un témoignage honnête d’une réalité historique, alors il est fort probable que les discours de gauche perdent toute valeur à vos yeux.

Prenez garde : sans avoir l’air d’y toucher, Downton abbey veut nous faire voter à droite !

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Ça se voit dans leur regard, non ?

ATTENTION : spoilers !

De l’inutilité des luttes politiques

De façon assez paradoxale, c’est par la mise en scène de personnages de gauche que le conservatisme est le mieux défendu. Comme le soulignait un article du National review , les discours de ces derniers sont constamment disqualifiés :

Le seul homme de gauche à être un tant soit peu radical – l’irlandais- était certes assez piquant dans la première saison, mais, globalement, il reste passablement assommant. Le personnage n’a certainement pas été écrit pour être héroïque, et à moins que vous n’adhériez déjà profondément à ses causes, il est difficile d’être d’accord avec lui, même quand il se pourrait qu’il ait raison. Je doute qu’un spectateur sur mille ait été convaincu, ne serait-ce qu’un tout petit peu, par un des ses petits discours. (…)
Quant à la mère de gauche, et extrêmement ennuyeuse, de Mathieu, bien qu’elle soit aussi une  réformatrice ( qui a raison sur certains points, nous devons le reconnaître ), elle est tout de même censée déplaire aux spectateurs.

Ce n’est pas mieux lorsque ce sont des groupes qui entrent en action : qu’il s’agisse des socialistes irlandais ou du petit peuple qui assiste aux élections mouvementées, la violence domine et discrédite les revendications populaires. Ainsi l’engagement politique de Branson s’achève-t-il assez vite, après l’incendie de la demeure de nobles anglo-irlandais. La compassion est vive envers cette famille : Branson «a regretté, en voyant leurs larmes ». Mary s’identifie fortement aux dépossédés, qui font partie de son cercle de connaissance, et est profondément scandalisée. L’empathie est forte envers ces victimes issues de la haute société. Au contraire, la condition du peuple et la question nationale sont englobées dans des termes généraux et peu personnels : «  Vous parlez de la souffrance de l’Irlande, je ne vous contredirai pas, mais votre pays ne pourra prospérer tant que cette sauvagerie persistera », dit le comte. Le terme de « lutte des classes », qui devrait être récurrent dans le discours de Branson, n’est jamais prononcé, au profit de revendications tout au plus libérales : « Je veux un État libre, mais ça m’a fendu le coeur ». La détresse de la noblesse malmenée par les socialistes a même touché le personnage du révolutionnaire ! Celui-ci, plein de repentance, est sermonné, puis envoyé se coucher. Mauvais mari, qui a laissé sa femme enceinte sur place, acculé de reproches dont il ne se défend que mollement, traité comme un enfant, Branson se voit symboliquement dénié sa qualité d’homme. Dans ces conditions, difficile de s’identifier à lui ou de comprendre sa cause.
De même, dans la première saison , quand Sybil a voulu assister aux élections, les revendications sociales ont été masquées et décrédibilisées par l’agitation populaire. En effet, l’annonce des résultats dégénère en émeute, et Matthieu déplore que : « ces gens se fichent de la politique et ne demandent qu’à se battre ». Le peuple ne comprend rien à la politique, voyez-vous : il est juste violent.

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Vous voyez comme c’est dangereux d’être de gauche ?

Mais quand on évoque les revendications politiques des années 1910-1920, on pense assez naturellement aux suffragettes, ces militantes pour le droit de vote féminin. Ce combat emblématique de la période est discrètement abordée dans la série.

Quand Sybil va à son meeting politique, c’est la question du droit de vote des femmes qui est abordée, et elle déplore que le premier ministre n’y soit pas favorable. Plus tard, Edith critique la limitation du droit de vote aux propriétaires de plus de trente ans. Elle écrit même dans un journal à ce sujet. Mais leur opinion n’est évoquée que très ponctuellement, sans être développée. L’accent n’est jamais mis sur leur indignation ou sur les injustices de la société.

En fait, cet engagement n’est jamais traité que comme le point de départ d’une intrigue destinée à déboucher sur une histoire d’amour. L’épisode où Sybile affirme son engagement politique est centré sur les risques encourus, et montre son rapprochement avec Branson. D’ailleurs, une fois mariée, la politique cesse complètement d’être un sujet qui la passionne : ni le féminisme ni son intérêt pour le socialisme ne sont plus abordés, au profit de l’engagement de son époux et de son futur accouchement. De même, Édith se lance dans une carrière dans le journalisme, suite à son premier article, mais sans engagement féministe notable. Cela lui permet surtout de rencontrer Michael Gregson, avec qui elle a un enfant. Pour ces jeunes femmes, les questions féministes restent secondaires, et servent surtout d’occupation en attendant le mariage.

Plus largement, la position dominée des femmes n’est l’objet d’aucune critique. La rumeur selon laquelle Mary aurait eu des rapports sexuels avant son mariage risque de ruiner sa vie, mais elle ne remet pas en cause la morale dominante, bien moins permissive pour les femmes que pour les hommes.
Édith ne conteste pas l’autorité de son père, quand il veut l’empêcher d’épouser l’homme qu’elle aime, qu’il juge trop âgé pour elle. Elle le supplie de reconnaître les qualités de son prétendant, mais elle ne revendique pas la liberté de choisir seule son destin. D’ailleurs, on ne voit jamais un mariage empêché par la désapprobation paternelle : pour Édith qui veut épouser un homme plus âgé qu’elle, comme pour Rose qui veut épouser un homme noir, c’est l’homme qui renonce à leur union inconvenante. On évite donc soigneusement de mettre en scène les conséquence de la subordination des femmes.

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De la même manière, le mariage de Cora, jeune héritière américaine, à un aristocrate anglais désargenté, Lord Grantham, semble fondé sur un profond amour, mais c’est pourtant à une réalité bien moins réjouissante que ce mariage fait référence. Wikipédia relie cette alliance au phénomène des “« fiancées vendues » (« bartered brides »), ces filles de milliardaires américains mariées, parfois de force, par leurs parents, à un noble anglais impécunieux : lui y gagnait la fortune nécessaire à entretenir son domaine et faire honneur à son titre et les parents de la mariée y trouvaient le prestige et la reconnaissance sociale attachés à l’alliance avec une famille britannique de noble lignage. Les exemples de telles alliances se comptent par douzaines, parmi lesquels l’un des plus marquants est le mariage du neuvième duc de Malborough avec Consuelo Vanderbilt, en larmes, mais contrainte par sa mère Alva Vanderbilt à une union malheureuse qui se soldera par un divorce.”

Il y a une idéalisation de la condition féminine passée, où l’on minimise toute l’horreur du contrôle exercé sur la vie des femmes. Si même quand elles étaient d’éternelles mineures, elles vivaient une vie heureuse et épanouie , pourquoi se plaindre aujourd’hui ? Après tout, père et époux ne voulaient que leur bien.
Vous voyez le problème ?

Certes, on pourrait penser que les femmes Crawley sont féministes par leurs actes : elles exercent un travail à responsabilité, auparavant réservé aux hommes. Même si c’est par héritage et non grâce à leur seul travail qu’elles accèdent à ces fonctions, Mary participe à la gestion du domaine, et Edith possède un journal. Elles surmontent d’ailleurs assez facilement les obstacles qui se dressent contre elles, et les propos sexistes semblent relativement rares. L’accent est au contraire mis sur la nécessité de ces changements, qui sont dans l’air du temps. De même, pour Branson et Sybil, il n’y avait aucun doute que le droit de vote allait être accordé aux femmes, tout n’étant qu’une question de temps et de lucidité :

« Les femmes doivent avoir le droit de voter, vous n’êtes pas d’accord ? Pourquoi le premier ministre refuse-t-il l’inévitable ?
-Les hommes politiques ne reconnaissent pas souvent les changements inévitables »

De cette façon, le progrès des droits des femmes est présenté comme une poussée naturelle et inéluctable : on insiste sur l’évolution de la société, les changement de la modernité mais jamais sur l’engagement des féministes. En fait, comme on l’a vu, l’action des militants semble à la fois stérile et inutile, et le progrès se fait de lui-même, avec le temps.

Or, quelle sensibilité politique est la moins ouverte aux revendications sociales ? La plus favorable au point de vue des élites ? La plus réticente à l’émancipation féminine ? La droite conservatrice, je vous le donne en mille ( comme on dit chez moi ) !

La bienveillance pour masquer la domination

Les revendications sociales sont d’autant moins légitimes que l’ordre semble tout sauf injuste. En effet, les nobles et leurs domestiques se révèlent former une grande famille unie. Pour Noël, dans la saison 2, on les voit échanger des cadeaux comme une vraie famille : Carson reçoit par exemple un livre sur la vie des rois d’Angleterre, et l’on voit que le comte connaît ses goûts et a envie de lui faire plaisir. De même, Anna, la femme de chambre, reçoit un bijoux de prix, signe de l’attachement profond de Mary. Le fait que Bates soit en prison jette une ombre sur les réjouissances des domestiques, mais aussi sur celles de leurs maîtres. Tous accordent une grande attention au combat d’Anna pour prouver l’innocence de son mari emprisonné, on prie pour lui à l’église, et c’est l’avocat familial qui le défend. D’après Mary ils vivent « tous dans l’ombre du procès de Bates », bien qu’il ne soit qu’un des valets.

De même, quand Mme Hughes craint d’être atteinte du cancer, la comtesse lui promet qu’elle pourra rester à Downton tout le temps qu’il faudra, et qu’elle engagera une infirmière pour s’occuper d’elle : elle est prise en charge comme un vrai membre de la famille.

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Cette dimension familiale s’étend hors de la maisonnée, les nobles ayant des relations personnelles avec tous ceux qui sont sous leur influence, et ils y accordent une très grande importance. D’où le conflit qui se noue autour de l’accouchement de Sybil : Clarkson, le médecin de famille, est inquiet, alors que son confrère londonien pense que tout se passe normalement. C’est parce qu’il connaît Sybil qu’il comprend que les chevilles gonflées de la jeune femme sont le symptôme d’une « éclampsie », et non la preuve qu’elle a juste «  de fortes chevilles, comme de nombreuses jeunes femmes ». La comtesse soutient Clarkson à de nombreuses reprises, en insistant toujours sur le fait qu’il connaît Sybil depuis sa naissance. Et si elle meurt finalement, c’est parce que le Comte ne s’est pas fié à la bonne personne.

Derrière tout cela émerge la conception de la société comme un tout où chacun a sa place, dans une interdépendance réciproque. Sa hiérarchisation est nécessaire pour son bon fonctionnement, mais elle profite à tous.

Ainsi, les nobles justifient leur situation privilégiée par un souci du bien commun : le comte affirme que « le domaine doit être un employeur important et faire vivre sa maison » et sa mère affirme de même que leur « fonction est de fournir des emplois ». La richesse de cet ordre se légitimerait par sa capacité à faire vivre ceux qui n’ont rien, à redistribuer, en quelque sorte, leurs richesses. Le fait est que dans la réalité, l’image traditionnelle de la noblesse était à des lieux de cet altruisme touchant. Dans La société anglaise du milieu du XIXe siècle à nos jours, François Bédarida parle du prestige de la noblesse en ces termes : «  On reconnaît toujours une vertu innée aux représentants d’une vieille famille, à l’héritage d’une vieille maison. Malgré les bouleversements et les crises, le gentleman conserve son prestige. Parallèlement, se perpétue le préjugé en faveur de l’amateur : la qualité ne confère-t-elle pas les qualités ? Mode de pensée hautement traditionnel, absurde dans son fétichisme biologique mais répandu dans tous les milieux. » Les privilèges de la noblesse sont en fait fondés sur la croyance en leur qualité supérieure. N’oublions pas qu’étymologiquement, l’aristocratie désigne « le gouvernement des meilleurs ».

Si les aristocrates bienveillants de Downton abbey rendent la situation de leurs employés particulièrement enviable, ces rapports idéalisés masquent les injustices d’une société profondément inégalitaire. La Belle époque, objet de toutes les nostalgies, n’est pas un âge d’or perdu, si l’on croit le portrait qu’en dresse Bédarida.

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Certes, pour la haute société, l’ère édouardienne est faite d’abondance et de prospérité, de fêtes et de réceptions, de faste et de luxe ostentatoire. En témoigne, dans la correspondance de Churchill, l’anecdote de la robe de bal d’un soir que sa mère avait achetée, qui coûtait 200 livres, soit 3 années de salaire d’un ouvrier. Car un fossé immense sépare matériellement les riches et les pauvres, et se double de frontières rigides dans les mentalités. Partout se dressent les barrières d’une hiérarchie très stricte. Ainsi, voici ce qu’on peut lire sur les pancartes à la porte des bains publics londoniens  : « Bains pour ouvriers, froids ( 1 penny ) et chauds (3 pense). Bains pour catégories supérieures, froids ( 3 pence ) et chauds ( 6 pence ). » En 1911, la mortalité infantile est de 76 pour 1000 dans les classes supérieures et moyennes, et de 133 pour 1000 pour les salariés. Les salaires permettent tout juste à subvenir aux besoins du peuple, qui frôle en permanence le seuil de la misère, et est à la merci du moindre accident. Ce fossé n’est certes pas nouveau, mais il s’accompagne d’une conscience de plus en plus vive de ses dimensions et de son injustice.

Un bel exemple de la culture du viol

Malgré tout, les scénaristes de Downton Abbey auraient peut-être dû écouter plus souvent les militantes féministes. Alors même qu’ils essaient de représenter une société idéale, quitte à fournir une vision biaisée des réalités sociales, leur traitement de la question du viol est épouvantable.
Et pour cause, la série s’intègre parfaitement à la culture du viol, dont nos braves conservateurs ne veulent sans doute même pas entendre parler ( même s’ils n’ont pas, hélas, le monopole du sexisme). Ce terme désigne l’environnement social et médiatique dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications, des excuses, et sont simplement banalisées, voire acceptées.

En effet, un des événements centraux de l’intrigue, est la tentative de séduction de Mary par un diplomate turc, Kemal Pamuk. Ils se plaisent et flirtent légèrement, même si un mariage est inenvisageable entre eux. Au cours de la nuit qu’il passe à Downton, Pamuk s’introduit dans la chambre de Mary, dans le but de coucher avec elle. ( saison 1, épisode 3, 0:25min )
On assiste au dialogue suivant :

« Allez-vous en tout de suite s’il-vous-plaît ; sinon…
-Sinon quoi ?
-Sinon je vais crier.
-Vous n’en ferez rien.
-Je peux aussi sonner. (…)
-Avez-vous vraiment envie qu’il [le garçon de chambre] trouve un homme dans votre chambre ? Quelle histoire… »

Mary a peur, elle lui demande clairement de partir, mais Pamuk refuse de l’écouter. Il joue sur la crainte de celle-ci, en suggérant qu’elle sera déshonorée si on trouve un homme dans sa chambre, ce qui la dissuade d’appeler à l’aide. Elle est réduite à le supplier de partir : « Vous me croyez beaucoup plus rebelle que je ne le suis, s’il-vous-plait, allez-vous en. » Il la pousse sur son lit et l’embrasse, tandis qu’elle insiste : « Je ne suis pas celle que vous pensez. Si c’est ma faute, si je vous ai induit en erreur, j’en suis désolée, mais je ne suis pas comme ça. » Comme Pamuk refuse de l’entendre, elle finit par lui demander si ce qu’il compte lui faire est douloureux ou risqué, et cède.

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Tellement romantique

On a bien, ici, tous les éléments d’un viol, d’un authentique viol. Mary refuse le rapport clairement et à de nombreuses reprises, mais elle y est contrainte, à la fois physiquement, et par la menace de s’exposer au scandale si elle appelle à l’aide. Elle commence même à se penser responsable de ce qui arrive, en envisageant qu’elle a envoyé un de ces mystérieux « signaux mal interprété » qu’on attribue aux femmes. Certes, Mary finit par accepter le rapport, et la scène se clôt sur une étreinte partagée : mais soyons lucide, elle n’a pas d’autre choix. Et s’interroger sur la douleur potentielle à venir n’est pas le signe d’un désir brûlant ni d’enthousiasme. Ce sont la peur et la contrainte qui caractérisent la scène.

Et pourtant, quand la comtesse lui demande s’il était venu pour la violer, Mary répond que non. Par la suite, ses larmes sont ambiguës : quand elle fond en sanglots alors qu’on lui disait que Pamuk avait l’air d’être un « gentil garçon », est-ce parce que cela lui rappelle une expérience traumatisante, ou parce qu’elle regrette sincèrement le défunt ? Pire encore, quand Mary révèle l’histoire à son futur mari, elle dit que « c’était de la luxure », c’est-à-dire quelque chose qu’elle aurait désiré et choisi. ( Saison 2, épisode 7, 1:02 )

On est en pleine culture du viol : en plus de ne pas identifier le viol pour ce qu’il est, on suggère que la jeune femme désirait ce qui était arrivé, et qu’il fallait juste insister pour qu’elle le reconnaisse. Jamais aucun personnage ne suggère que Pamuk avait abusé de Mary, elle est jugée responsable de ce qui est arrivé, elle se sent même coupable. Si son père et son futur mari assurent ne pas lui en tenir rigueur, ils semblent plus lui pardonner une faute que voir en elle une victime.

Par opposition, le viol d’Anna est identifié comme une violence et un traumatisme. La différence : l’usage de la force plutôt que de la menace, mais aussi la catégorie sociale de l’agresseur, qui est cette fois un domestique. Ce qui est gênant, dans le traitement de ce viol, c’est qu’Anna semble au moins autant dévastée par ce qu’elle a subi que par la peur de voir son mari tuer le violeur. La lumière est mise sur la façon dont Bates vit le viol, en se focalisant sur la subjectivité du mari aux dépends de celle de la victime, ce qui est pour le moins critiquable.

INSIDE OUT
Moi devant mon écran ( allégorie )

Faut-il brûler Downton ?

Pour résumer, Downton abbey présente l’Angleterre du début du siècle dernier comme un paradis perdu, où l’inégalité n’a rien d’injuste, parce qu’elle s’accompagne de bienveillance et d’humanité.
Dans ce contexte, les luttes féministes et socialistes semblent bien vaines, et cet effacement n’est pas sans conséquences. Si la poussée vers l’égalité des sexes est présentée comme une bonne chose, elle apparaît aussi comme un phénomène naturel, au sein duquel l’engagement politique ne joue aucun rôle. L’ordre social ne saurait en aucun cas être chamboulé par des revendications trop extrêmes, et il suffirait de patienter pour que l’égalité se réalise. Cette représentation harmonieuse et bienveillante du passé dissimule ainsi un regard profondément conservateur sur le progrès et l’histoire.

Faut-il pour autant bannir Downton Abbey de vos écrans, alors qu’il fait froid et que les chants de Noël retentissent partout autour de vous ? En ma qualité de femme sans cœur, je vous conseillerais bien de regarder Orange mécanique en famille, mais je comprendrais vos réticences. Gardons surtout à l’esprit qu’il s’agit d’un feuilleton de bonne qualité, dont les sujets principaux sont l’amour et la famille. Le contexte politique ne sert qu’à apporter des éléments de couleur locale, dans une série où le cadre historique ne constitue rien de plus qu’une pittoresque toile de fond. Il serait certes dangereux d’accorder à Downton abbey une valeur documentaire, mais si vous gardez à l’esprit que la série fait n’importe quoi avec l’histoire, vous devriez être à l’abri d’une brusque conversion au conservatisme.


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Et merci au gaucho vindicatif de l’ombre qui relit mes articles !

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